Stratégie « Apply AI » : ce que Bruxelles prévoit pour l'IA dans les PME
Le 8 octobre, la Commission européenne a présenté sa stratégie pour faire adopter l'IA par les entreprises, PME en tête. Ce qu'elle contient vraiment.
On parle beaucoup de l'Europe qui réglemente l'IA. On parle moins de l'Europe qui veut la faire adopter. Le 8 octobre 2025, la Commission européenne a présenté sa stratégie « Apply AI », dont l'objectif affiché est de faire entrer l'IA dans les entreprises européennes, en particulier les PME. Ce n'est pas une loi, et elle ne crée aucune obligation pour vous. Mais elle dit beaucoup de la direction prise : souveraineté, préférence européenne, open source. Voici ce qu'elle contient et ce qu'une PME peut en tirer.
Ce que la Commission a présenté
La stratégie Apply AI a été publiée le 8 octobre 2025, en même temps qu'une stratégie sur l'IA dans la science. Elle complète le plan « Continent IA » présenté au printemps. Ses grandes lignes :
- Des actions par secteur. La Commission cible une dizaine de secteurs : santé et pharmacie, mobilité et transport, robotique, industrie et construction, climat et environnement, énergie, agroalimentaire, défense et espace, communications électroniques, culture et médias, ainsi que le secteur public.
- Les PME en priorité. Le texte vise explicitement les PME et les petites entreprises de taille intermédiaire, qui adoptent l'IA plus lentement que les grands groupes.
- Des pôles d'innovation transformés. Les pôles européens d'innovation numérique (les EDIH, présents dans toutes les régions) deviennent des « centres d'expérience IA », censés servir de porte d'entrée aux entreprises.
- Une coordination. Une « Apply AI Alliance » réunit fournisseurs d'IA, industriels, chercheurs et secteur public, et un observatoire doit suivre l'impact de l'IA par secteur.
- Un financement mobilisé d'environ un milliard, pris pour l'essentiel sur des programmes européens existants plutôt que sur de l'argent nouveau.
Le point qui compte le plus : la préférence européenne
Le passage le plus significatif concerne la souveraineté. La stratégie défend une politique « l'IA d'abord » et une approche « acheter européen », notamment pour le secteur public, avec une attention particulière aux solutions d'IA open source. Autrement dit, Bruxelles assume de vouloir réduire la dépendance de l'Europe aux grands fournisseurs américains et chinois.
Ce n'est pas qu'une déclaration d'intention. Quand les administrations et les grands donneurs d'ordre publics commencent à privilégier des solutions européennes ou ouvertes, cela finit par se retrouver dans les cahiers des charges, puis dans les exigences posées aux sous-traitants. Une PME qui travaille pour des collectivités, des hôpitaux ou de grands groupes industriels a intérêt à anticiper cette question : « Où tourne votre IA, et à qui appartient-elle ? »
Ce que ça change concrètement pour une PME
Pas d'obligation nouvelle
La stratégie n'ajoute aucune règle. Les obligations restent celles du règlement européen sur l'IA (l'AI Act), dont le calendrier se poursuit, et du RGPD. Inutile de lancer quoi que ce soit dans l'urgence à cause de ce texte.
Des portes d'entrée à connaître
Pour une PME de l'industrie, du BTP ou du transport, les secteurs ciblés recoupent souvent votre activité ou celle de vos donneurs d'ordre. Les actions sectorielles annoncées (projets pilotes, plateformes de test, partage de données) peuvent ouvrir des appels à projets ou des partenariats auxquels une entreprise de taille moyenne peut prétendre, souvent via un consortium ou un pôle régional.
Les pôles d'innovation numérique proposent déjà des diagnostics de maturité et des dispositifs pour « tester avant d'investir ». Ils vont être renforcés sur l'IA. Si vous ne savez pas par où commencer, c'est un interlocuteur public à connaître, en complément d'un prestataire.
Un signal sur la direction du marché
Le vrai message, c'est que l'IA souveraine n'est plus un argument de niche. Les modèles open source européens et les déploiements sur des serveurs maîtrisés vont être de plus en plus demandés. Pour une PME, cela veut dire que le choix d'une IA n'est pas qu'une question de performance : c'est aussi une question de dépendance et de conformité future.
Ce que nous conseillons
- Faire l'inventaire de vos usages actuels. Qui, chez vous, utilise déjà une IA, avec quel outil, et quelles données y passent ? Beaucoup de dirigeants découvrent que leurs équipes utilisent des assistants grand public avec des documents clients.
- Choisir un premier cas d'usage précis, mesurable, plutôt qu'un grand plan « IA ».
- Se poser la question de la souveraineté dès le départ. Un modèle open source, hébergé en France ou installé chez vous, permet de répondre sereinement aux futures questions de vos clients.
- Former les équipes. La stratégie européenne insiste sur les compétences ; c'est aussi, de notre expérience, ce qui fait réussir ou échouer un projet.
C'est le sens de notre offre IA souveraine : des assistants et des agents hébergés en France ou chez vous, et des IA locales installées sur votre propre matériel avec des modèles ouverts comme Mistral, gpt-oss ou Gemma, avec lesquelles aucune donnée ne part chez un fournisseur d'IA. Et une formation d'une demi-journée pour que vos équipes s'en servent bien.