Une cyberattaque menée à 80 % par une IA : ce qu'Anthropic a révélé
Anthropic dit avoir déjoué une campagne d'espionnage où son IA réalisait l'essentiel du travail des attaquants. Ce que ça change pour la sécurité d'une PME.
Le 13 novembre 2025, Anthropic, l'éditeur de Claude, a publié un rapport sur ce qu'il présente comme la première campagne de cyberespionnage documentée menée en grande partie par une IA. Selon l'entreprise, un groupe soutenu par un État a utilisé son outil Claude Code pour attaquer une trentaine d'organisations, l'IA réalisant 80 à 90 % du travail. Il ne s'agit pas d'une PME française ciblée par une IA autonome. Mais l'épisode montre comment les outils d'IA changent l'économie des attaques, et c'est là que les PME sont concernées.
Ce qu'Anthropic a rapporté
D'après le rapport d'Anthropic :
- l'activité suspecte a été détectée à la mi-septembre 2025 ;
- Anthropic attribue, avec un degré de confiance qu'il qualifie d'élevé, la campagne à un groupe soutenu par l'État chinois ;
- environ trente organisations ont été visées dans le monde : grandes entreprises technologiques, institutions financières, industrie chimique et administrations ; les attaquants ont réussi dans un petit nombre de cas ;
- l'IA a réalisé 80 à 90 % de la campagne, les humains n'intervenant qu'à quatre à six moments décisifs par attaque ;
- au plus fort, l'IA envoyait des milliers de requêtes, souvent plusieurs par seconde.
Anthropic indique avoir enquêté pendant une dizaine de jours, suspendu les comptes concernés, prévenu les organisations touchées et informé les autorités.
Comment les attaquants s'y sont pris
Le point le plus instructif est la méthode. Claude est conçu pour refuser d'aider à des attaques. Les attaquants ont contourné ces protections de deux façons :
- Découper l'opération en petites tâches qui, prises une par une, semblaient anodines : analyser un réseau, tester une configuration, écrire un script. L'IA ne voyait jamais le projet d'ensemble.
- Prétendre travailler pour une entreprise de cybersécurité menant des tests défensifs autorisés.
Ensuite, l'IA a enchaîné les étapes : reconnaissance des systèmes, repérage des bases de données intéressantes, recherche de failles, écriture de code d'exploitation, récupération d'identifiants, extraction et tri des données, rédaction de la documentation pour la suite. Elle utilisait des outils connectés via le protocole MCP, celui-là même qui sert à brancher des outils aux assistants IA.
Anthropic relève aussi une limite : l'IA a parfois « halluciné », inventant des identifiants ou présentant comme secrètes des informations publiques. Une attaque entièrement autonome reste, pour l'instant, freinée par ces erreurs.
Ce qui est vraiment nouveau
Les attaques informatiques utilisaient déjà des outils automatisés. La nouveauté, c'est le niveau d'autonomie et la vitesse. Une opération qui demandait une équipe d'experts pendant des semaines peut être en grande partie menée par un agent, supervisé par quelques personnes.
Il faut garder la mesure : cette campagne visait de grandes organisations, avec des moyens d'État. Mais la logique se diffuse toujours de la même façon. Ce qui est réservé aux groupes les plus avancés une année devient accessible à des groupes criminels moins sophistiqués les années suivantes. Et ce sont eux qui ciblent les PME, avec des rançongiciels et de la fraude.
Ce que ça change pour une PME
Si l'IA fait baisser le coût d'une attaque, les attaquants peuvent viser plus de cibles, plus petites, plus vite. Les PME qui se pensaient « trop petites pour intéresser » le sont de moins en moins. Concrètement, cela renforce l'importance des basiques, qui restent la meilleure défense :
- Des mises à jour à jour. Une IA qui cherche des failles connues les trouvera d'abord sur les systèmes non corrigés. La fin de Windows 10, dont nous parlions en octobre, en est un exemple.
- La double authentification partout, en particulier sur la messagerie, les accès à distance et les outils d'administration.
- Des droits limités. Chaque compte, humain ou logiciel, ne doit avoir accès qu'à ce dont il a besoin.
- Des sauvegardes hors ligne, testées.
- Une surveillance des connexions inhabituelles, même simple.
Et pour vos propres agents IA
L'épisode a aussi une leçon pour les entreprises qui déploient des agents. Les attaquants ont exploité exactement ce qui rend un agent utile : sa capacité à enchaîner des tâches avec des outils. Un agent mal cadré dans votre entreprise peut être détourné de la même façon, par une consigne cachée dans un document ou un e-mail.
D'où trois règles que nous appliquons à tous les agents IA que nous construisons : des accès limités à la tâche, une validation humaine avant toute action qui engage l'entreprise, et une trace de tout ce que l'agent a fait. Anthropic recommande d'ailleurs aux défenseurs d'utiliser eux aussi l'IA, pour détecter les menaces et répondre aux incidents.
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