Clés Google publiques et Gemini : la faille qui transforme une carte en facture
Des milliers de clés Google affichées sur des sites pour Maps donnaient aussi accès à Gemini. Ce qui s'est passé, et ce qu'il faut vérifier sur votre site.
Pendant des années, Google a expliqué aux développeurs que les clés d'API utilisées pour afficher une carte Maps ou brancher Firebase n'étaient pas des secrets : on pouvait les placer dans le code d'une page web, visible de tous. Le 25 février, la société de sécurité Truffle Security a montré que cette règle ne tenait plus. Dès que l'API de Gemini, l'IA de Google, est activée sur un projet, ces mêmes clés publiques permettent de l'utiliser. Une carte sur votre page de contact peut ainsi devenir une porte vers vos données et votre facture Google.
Ce qui s'est passé
Sur Google Cloud, un « projet » regroupe des services (Maps, Firebase, Gemini…) et des clés d'API. Une clé créée sans restriction donne accès à tous les services activés sur le projet. Les chercheurs de Truffle Security ont constaté que lorsqu'on active l'API de Gemini sur un projet existant, les anciennes clés, y compris celles affichées publiquement pour Maps, gagnent l'accès à Gemini, sans alerte ni notification. Les nouvelles clés, elles, sont créées sans restriction par défaut.
En analysant une vaste archive publique du web datant de novembre 2025, ils ont trouvé 2 863 clés actives exposées sur des pages publiques et utilisables sur Gemini. Parmi leurs propriétaires : de grandes institutions financières, des sociétés de sécurité, des cabinets de recrutement, et même un site public de Google.
Ce qu'un attaquant peut en faire
- Lire des données : les fichiers envoyés à Gemini et le contenu mis en cache par le projet, qui peuvent contenir des documents ou des jeux de données.
- Consommer à vos frais : chaque appel est facturé au propriétaire du projet.
- Épuiser vos quotas et bloquer vos usages légitimes de Gemini.
Il suffit pour cela de copier la clé depuis le code source d'une page.
La réponse de Google
Selon la chronologie publiée par Truffle Security, le problème a été signalé à Google le 21 novembre 2025. Google l'a d'abord considéré comme un comportement normal, avant de le reclasser en bogue début décembre. L'entreprise a indiqué, selon Bitdefender, avoir ajouté des protections et bloquer l'accès à Gemini pour les clés connues comme ayant fuité. Au moment de la publication, la correction de fond n'était pas confirmée par les chercheurs.
Ce que ça change pour une PME
Ce scénario est très courant dans une PME, parce qu'il naît de deux décisions prises à des moments différents, souvent par des personnes différentes. Il y a quelques années, un prestataire a créé un projet Google pour afficher une carte sur votre site. Plus récemment, quelqu'un (le même prestataire, un salarié, un stagiaire) a voulu tester Gemini et a activé l'API sur le premier projet venu. Personne n'a fait le lien.
Le problème n'est pas propre à Google. Il rappelle une règle générale : une clé d'accès doit avoir le droit de faire une seule chose. Une clé qui sert à afficher une carte ne devrait pas pouvoir faire autre chose qu'afficher une carte.
Il rappelle aussi que l'arrivée de l'IA dans les outils existants change la valeur de ce qui était anodin. Une clé qui ne permettait d'afficher qu'une carte ne valait rien pour un attaquant. Une clé qui donne accès à un modèle d'IA facturé à l'usage et aux fichiers qu'on lui a confiés vaut beaucoup.
Les autres clés qui traînent
Le même raisonnement vaut pour toutes les clés que vos prestataires successifs ont pu créer : clé d'un service d'envoi de mails, d'un outil de paiement, d'un service d'IA, d'un stockage de fichiers. Certaines se retrouvent dans le code d'une page, dans un dépôt de code public ou dans un fichier de configuration envoyé par mail. Une fois par an, faire la liste de ces clés, savoir à quoi chacune sert et supprimer celles qui ne servent plus est une hygiène simple qui ferme beaucoup de portes.
Ce qu'on conseille de vérifier cette semaine
- Repérer vos projets Google Cloud. Si vous ne savez pas qui les a créés ni sous quel compte, c'est la première chose à éclaircir avec vos prestataires.
- Vérifier, projet par projet, si l'API de Gemini (Generative Language API) est activée. Si elle ne l'est pas, ce problème précis ne vous concerne pas.
- Si elle l'est, ouvrir la liste des clés et repérer celles qui sont « sans restriction » ou qui autorisent Gemini.
- Restreindre chaque clé : aux seuls services dont elle a besoin, et aux seuls sites ou applications qui l'utilisent.
- Remplacer toute clé exposée qui a eu accès à Gemini, et séparer les usages : un projet pour le site, un autre pour les essais d'IA.
- Placer une alerte de budget sur chaque projet Google Cloud, pour être prévenu d'une consommation anormale.
Plus largement, les appels à un modèle d'IA ne devraient jamais partir directement du navigateur du visiteur : ils passent par votre serveur, qui garde la clé secrète et contrôle ce qui est demandé. C'est ainsi que nous construisons les fonctions d'IA intégrées aux plateformes SaaS et aux logiciels métier que nous livrons. Pour faire vérifier votre configuration, prenez rendez-vous.